Le championnat de France des Clubs de la Défense (voir aussi l’Orienteur Lorrain d’avril 2012)

jeudi 5 avril 2012
par  JCR

VOYAGE AU BOUT DU MONDE
ou le championnat de France FCD du CSAG Metz.

A l’origine est la voix d’une jeune fille lorraine entendue(1) l’an dernier sur son blog. Elle y narrait ses aventures nocturnes, seulement sportives, sur les pentes et dans les ruelles du Mont- Saint-Michel, lors d’une compétition de course d’orientation nommée WEESOO(2) , organisée par le Club Sportif et Artistique de l’Ecole des Transmissions de Rennes.
Courir sur le Mont quelle invraisemblance mais aussi quel fantasme !
Continuant à fouiller la toile il est rapidement apparu que ces fous d’organisateurs s’apprêtaient à rééditer leur exploit en 2012. Il était dès lors inconcevable de ne pas y participer. Le projet, présenté à l’assemblée générale du club, a recueilli bien sûr l’assentiment de tous les participants. Cet assentiment s’est vite transformé en enthousiasme quand il fut certain que la compétition supporterait aussi le championnat de France de course d’orientation 2012 de la Fédération des Clubs de la Défense à laquelle nous appartenons. Et même si le Mont Saint Michel n’est, hélas, pas au programme de cette année, les trois étapes qui se courront à Dinard, Dinan et surtout Saint-Malo ont déjà de quoi fasciner les plus exigeants.
Allez on y va ? On y va !

2 mars 2012. Dix neuf heures. Après deux mois de demandes, autorisations, financement, exaltation et lassitude, la nuit est tombée quand le car militaire blanc(3) prend la direction de l’Ouest. A son bord nous sommes dix sept participants. Nos futurs bacheliers font défaut. Ce sont les jeunes de l’école de CO de Christine - Aurélien, Corentin, Pierre et Théo - qui vont représenter le "moins de 18 ans" de chacune des trois équipes engagées. Leur inexpérience aussi bien que leur très récente arrivée dans le club ont suscité bien des interrogations. Croisons les doigts ! Minuit. Courte étape en région parisienne.

3 mars 2012. Sept heures. Il fait encore nuit quand nous reprenons la route après certains réveils difficiles. L’autoroute défile un peu monotone. On sent malgré tout que nous avons changé de région quand les buissons en fleurs apparaissent de plus en plus nombreux dans le paysage. Rennes passé il ne nous reste plus que 70 kilomètres à parcourir. Nous franchissons la Rance sur le barrage de l’usine marée-motrice et voici Dinard.
Dinard la balnéaire, la britannique. Nous ne voyons pas grand-chose de la ville car nous nous dirigeons tout de suite vers le centre de course. La compétition se déroule en partie sur l’hippodrome et aussi sur le grand parc qui le jouxte, tout près du bord de mer. Nous voici installés dans les tribunes devant la carrière des concours d’obstacles. Aujourd’hui ni barres ni oxers, seuls subsistent les piscines, deux ou trois murs construits en dur, les buissons de plantes grasses et, là bas au fond , la haute bute de terre. Ce sont nos balises oranges et blanches sur la belle pelouse vert tendre qui feront le spectacle.
A 13 heures 30 les premiers coureurs s’élancent. Depuis les tribunes ont suit aussi bien les départs que les arrivées. Les circuits, dans le grand parc, sont semés des embuches généreusement mises en place par un traceur facétieux. Jardins, château, mares, buissons, clôtures infranchissables, escaliers, petits sentiers, bosquets "vert 3" et vastes pelouses, murs et même enclos d’autruches. Ca va très vite, c’est un sprint il est vrai ! L’ambiance monte et l’animateur s’époumone dans son micro :
"Et voici, casaque bleue collant noir, Tinou-d’Hislprich suivi de Jacou-de-Saint-Bernard tous deux de l’écurie CSAG Metz qui cravachent sous le petit pont… ".
Les papillons dans l’immense carrière sont spectaculaires. Les circuits s’entrecroisent dans tous les sens et les coureurs qui sentent l’écurie foncent à vive allure d’une balise à l’autre sous les encouragements bruyants des spectateurs des tribunes. Ouf nos quatre jeunes sont tous rentrés et, sans erreur même !
Mais nous n’avons pas le temps de savourer plus longtemps cette manifestation haute en couleur et en tenue : Ce soir on court. Vite un petit passage à l’hôtel pour prendre nos chambres puis direction Dinan à une trentaine de kilomètres. Les membres des Clubs de la Défense sont conviés à l’apéritif d’accueil et au pantagruélique buffet offert par la Fédération. Chacun apprécie mais se réserve pour la suite des évènements car c’est pour courir que nous sommes là.

21 heures. Dinan la médiévale nous ouvre ses portes. C’est une toute autre ambiance. La nuit est noire, douce et silencieuse. Les départs sont donnés au bas d’un petit escalier dans le hall du bâtiment où nous venons de prendre le repas. Gravi, l’escalier moderne et fortement éclairé laisse brusquement place à la pénombre d’une grande esplanade vide. Là bas se détache la masse inquiétante de l’église Saint-Malo entourée de maisons sombres. Mon premier poste est par là. La ruelle est étroite, peu éclairée. Les pavés disjoints luisent à la lumière de ma frontale. Je contourne l’église et m’enfonce dans un dédale angoissant des ruelles. Venelles, couloirs, passages humides. Puis retour aux rues éclairées et passantes, sous les yeux de touristes ébahis, avant de replonger dans les escaliers glissants, cours ornées d’arcades ciselées qui surgissent puis s’évanouissent au gré de la lumière que je transporte. Surtout ne pas perdre le contact carte-terrain car on est dans un tout autre monde, propice au fantasme. Quelle est d’ailleurs cette ombre qui se faufile, là, sous la poterne ? Est-ce la duchesse Anne, en sa cassette(4) , qui rentre d’une visite discrète au connétable Duguesclin(5) , ou plutôt d’une prière pour le repos de l’âme de son royal époux chez les Ursulines, les Bénédictines ou les Clarisses du lieu. Et là, au bout de la basilique Saint-Sauveur, sur cette tour qui surveille le passage de la Rance et où flotte un gonfanon orange et blanc, voici que la garde me repousse :
"Holà ! Arrière manant ; vous vous fourvoyez. Point ne vous sied le présent étendard. Quérez le vôtre à la marque 48, là, tout en bas, dans le ravin au pied de la tour. Hâtez vous car, hélas, une bonne lieue de détour vous en sépare ! A quoi donc vous sert votre parchemin ? Courez et gardez-vous de choir du rempart". Et m..zut je me suis planté !
Il est difficile de revenir au monde civilisé après une telle course échevelée à travers la ville et les siècles. La chaleur de la douche et la douceur du lit de l’hôtel "Balise & Balise" sont pourtant les bienvenues. Dormons car demain c’est le grand jour.

4 mars 2012. 8 heures à Saint-Malo. Voici arrivé le moment où va se jouer le championnat par équipes de la Fédération des Clubs de la Défense. Nous sommes impatients d’en découdre. "Levez-vous orages désirés…"(6) .
D’orage aucun mais un gros crachin, sans lequel point de Bretagne, nous accueille sur le parking de la gare maritime. Le départ est donné à quelques encablures au pied du rempart. Au top on se lance sur notre "Route du Rhum" à travers la porte basse percée dans la muraille et nous voici dans un tout autre décor. D’impressionnants bâtiments en fort granit gris, haut de plusieurs étages forment un côté de la rue tandis que le rempart ferme l’autre. On s’enfonce bien vite dans les petites rues de la ville austère. Coins de maisons, encoignures de portails, extrémités de murets, bosquets de jardins publics, autant de lieu qui recèlent les postes à visiter. On s’approche de nouveau des remparts. Le poste est dans la tour devant moi mais à quel étage ? Portes basses, escaliers étroits en colimaçon, garez vous les japonais ! Voici de nouveau le calme. La chaussée qui mène, à marée basse, à l’île du Grand Bé là bas au large, est sur notre itinéraire. En courant le souvenir me revient d’une équipée identique il y a quelques années, entre le continent et l’île Grande plus à l’Est du côté de Pleumeur-Bodou. Le passage sur le Grand Bé est rapide. On ne peut évidemment s’empêcher de rester coi une fraction de seconde devant le paysage qui s’offre à nos yeux à son extrémité nord. Là, au grand vent, sous le ciel gris et le crachin, une balise flotte pour quelques heures sur la tombe du grand poète Chateaubriand qui fait face à la mer. Grandiose. Emouvant. Inoubliable. C’est de lui que je tire les impressions qui sont les miennes en reprenant le chemin vers les murailles de la ville, aussi vite que me le permettent des jambes qui se font lourdes.
"Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur".
Quel bon démon que celui de la CO ! Mais reprenons nous car la course n’est pas terminée. Il faut encore aller visiter ce pacifique canon pointé vers le large, ce bosquet près de la cathédrale, cette échauguette, là haut sur le rempart, occupée par un arbuste insolite. Avaler cet escalier de granit infini avant de redescendre vers la poterne grande ouverte sur la plage où les derniers mètres dans le sable sont interminables. Ca y est je suis au but, trempé et… crevé !

Il est midi. Tous les coureurs sont rassemblés dans le hall de la gare maritime où sonnent binious et bombardes. Chacun s’est refait une tenue correcte pour la proclamation des résultats. Nos jeunes ne se sont pas trompé. Les sourires des uns et des autres permettent d’augurer de bonnes choses. Certes ici ou là une petite erreur laisse un goût amer quand la mention "pm" remplace le temps de course sur la fiche crachée par l’imprimante. C’est la loi de la CO. Rester humble et serein.
Discours, remerciements. On écoute d’une oreille distraite. Ils méritent pourtant bien nos applaudissements tous ceux qui sont cités. La tension monte. Voici les résultats.
En individuels, les temps sont cumulés sur les trois courses et les catégories celles de la FCD. Marie, Christine, Sylvie, Christiane, Laurent, Etienne, Pierre, Aurélien et même le vieux JC montent sur le podium. Cinq médailles d’or, 3 d’argent, 1 de bronze. Evelyne, Jean-François et Théo se consolent avec la médaille en chocolat ! Ah ce que la plus haute marche est pénible à gravir pour un quidam…
La salle se tait. On en vient au classement par équipes. Le jury a été clément. Il a rattrapé les équipes pénalisées par une erreur. C’est Philippe, notre ancien coach du CSAG Metz, qui officie :
" Se classe 3e l’équipe 2 du Club Sportif et Artistique de la Garnison de Metz". Houahhhh ! Sauts de joie, acclamations tonitruantes. Cinq blousons bleus messins - Mathieu, Jean-François, Christine, Jacques et Aurélien - rejoignent le podium.
" Se classe seconde l’équipe 1 du CSAD d’Angers". Ils sont contents mais pas aussi exubérants que nous !
" Se classe première et championne de France 2012 de la Fédération des Clubs de la Défense… l’équipe 1 du… CSAG…"
On n’entend pas la fin de la phrase. Tout le groupe de Schtroumpfs messins délire, se congratule, trépigne, hurle son plaisir. N’y a-t-il pas même quelque part une petite larme ? Sur le podium le quintet vainqueur - Laurent, Marie, Etienne, Sylvie et Théo - interprète son "Hymne à la Joie". Mathieu croque sa médaille !
Ils ont gagné ! On a tous gagné !

14 heures 30. J’aurais tant de choses à raconter encore. Hélas il faut partir. Le car a repris la route inverse vers la lointaine Lorraine. Il faut faire le trajet d’une seule traite. Exit Saint-Malo, les quais, les remparts, les tours, le Grand Bé. La marée efface nos pas dans le sable. On croit avoir rêvé. Les médailles sont pourtant bien là dans les poches. Les cartes lues, relues, commentées sont bien les témoins de ces trois courses mémorables. Certes il nous faut rester sensés devant la participation modeste des Clubs de la Défense à cette compétition. Mais après tout personne ne les empêche de pratiquer la CO et de venir nous contester notre place. Alors les militaires ?
La nuit est tombée quand on approche de Paris. C’est le retour des vacanciers Franciliens. La radio annonce 52 minutes de bouchons et de ralentissements. A quelle heure va-t-on arriver ce soir ? Aucun problème pour notre car. Cinquante deux minutes plus tard nous dépassons Marne-la Vallée. Il faut dire qu’au volant, depuis le départ, opèrent deux conducteurs d’exception à tel point qu’on les appelle déjà "The Artists" !
Nous sommes quasiment chez nous. Avant que ne retombe le grand rideau rouge il me faut citer tous les acteurs de la pièce, leur dire combien nous avons apprécié et leur dire merci : Merci à la Fédération des Clubs de la Défense, merci Mon Général, merci Philippe le chef d’orchestre : sans vous le championnat n’aurait pas été. Merci aux organisateurs de l’Ecole des Transmissions de Rennes : Quel culot de se lancer dans ce genre travail ; quel savoir faire. Merci aux municipalités de Dinard, Dinan et Saint Malo : Elles ont fait confiance à la CO et, sans frilosité, ont donné leur accord et leur soutien. Merci à la Base de Défense de Metz, son Groupe de Soutien, sa cellule Transports en commun et ses conducteurs : Sans vous il aurait fallu y aller à pieds. Merci au CSAG de Metz indispensable faciliteur. Merci à tous les inconnus qui ont œuvré dans l’ombre. Et puis merci à nous, coureurs passionnés de balises sur le terrain, fatigués mais comblés. Merci "les petits", continuez, vous n’avez pas fini d’apprendre. La victoire d’aujourd’hui n’est en effet que le fruit des nombreuses compétitions courues obstinément, dimanches après dimanches, saisons après saisons, en Moselle, en Lorraine et ailleurs en France, sous les couleurs du club FFCO 5702LO - CSAG Metz. Chapeau à toutes et tous.

5 mars 2012. Il est 0 heure 30. Comme un vol de moineaux tout le monde s’est éclipsé. Les feux rouges du car disparaissent au fond du quartier Colin. Le lourd portail se referme derrière ma voiture.
C’est fini.
A bientôt au coin du bois.
JCR

(1) L’Histoire voudrait que ce soit le contraire mais bon… La mienne n’est pas d’Arc, elle est Bressaude !
(2) Prononcez Ouizou ! WEek End de Sprint Orientation de l’Ouest.
(3) Pour ceux qui ont connu les cars verts d’antan c’est le jour (éclatant) et la nuit (d’encre).
(4)"Dinan ? C’est la clé de ma cassette" - Anne de Bretagne.
(5) Inutile de relever mes anachronismes…
(6) Chateaubriand. Continuez à lire !


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